Espaces clos

Près de 40 Québécois subissent chaque année des accidents graves ou mortels en espace clos, souvent par déficience en O2 ou présence de gaz toxiques. Les articles 296.1 à 312 du RSST encadrent la gestion : renseignements et moyens de prévention écrits avant tout travail (art. 300), ventilation (art. 302), surveillant (art. 308) et plan de sauvetage (art. 309). En mine, les silos à minerai, les réservoirs de procédé, les conduits de ventilation et certains chantiers borgnes sont des espaces clos typiques.

Définition

Selon l'article 1 du RSST, un espace clos est un espace totalement ou partiellement fermé (réservoir, silo, cuve, trémie, fosse, égout, tuyau, cheminée, puits, citerne, pale d'éolienne) qui présente, en raison du confinement, au moins un des risques suivants

  1. Asphyxie, intoxication, perte de conscience, incendie ou explosion (atmosphère ou T° interne).
  2. Ensevelissement.
  3. Noyade ou entraînement par un liquide.

Dangers spécifiques

Les dangers en espace clos sont multiples et interagissent.

Illustration — Espaces closToucher l'image pour l'agrandir

Atmosphériques

Risque Description
Déficience en O2 (< 20,5 %) Combustion, décomposition, oxydation, purge avec gaz inerte (azote, argon)
Surplus d'O2 (> 23 %) Augmente l'inflammabilité, fuite de bonbonne
Gaz inflammables LIE ; doit rester ≤ 5 % de la LIE
Gaz toxiques CO (asphyxie chimique), H2S (paralyse l'odorat), NO2, etc.
Aérosols, poussières combustibles Risque d'explosion

Un milieu enrichi en O2 voit son inflammabilité augmenter fortement.

Bande de concentration d’un gaz inflammable dans l’air, de 0 % de gaz à 100 % de gaz, en trois zones : trop pauvre, mélange explosif entre la LIE et la LSE, trop riche. Un encadré agrandi à l’échelle montre que la plage « au plus 5 % de la LIE », limite du RSST, n’occupe que le tout début de la zone trop pauvre.Toucher l'image pour l'agrandir

La limite du RSST pour les gaz et vapeurs inflammables en espace clos, au plus 5 % de la LIE, se trouve tout au début de la zone « trop pauvre », bien avant la LIE où commence le mélange explosif. Un mélange encore trop pauvre pour exploser peut donc déjà dépasser cette limite.

Texte officiel : RSST, art. 302 (recueil du wiki, extrait de LégisQuébec). LIE et LSE : Gaz et vapeurs. Schéma conceptuel : aucune LIE ni aucun réglage d’alarme pour un gaz donné.

Le tétraèdre du feu rappelle les 4 éléments nécessaires à la combustion.

Illustration — Espaces closToucher l'image pour l'agrandir

Voir Gaz et vapeurs pour les densités de vapeur et la chimie.

Effets de la déficience en O2

% O2 Effets
20,5 - 23 Plage acceptable
16 Difficulté à respirer, jugement diminué
12 Évanouissement, décès rapide
6 Décès en quelques secondes

Exemple H2S

ppm Effet
0,2 Seuil olfactif
10 VEMP
100-150 Paralysie de l'odorat
400 Décès en 30 min - 4 h
1000 Décès instantané

La densité de vapeur conditionne où s'accumulent les gaz.

Coupe de deux réservoirs ouverts par un trou d’homme au toit. À gauche, densité de vapeur > 1 (plus lourd que l’air, ex. : toluène) : les points rouges se resserrent au fond, des flèches pointent vers le bas et le gaz tend à s’accumuler au fond. À droite, densité < 1 (plus léger que l’air) : les points se resserrent sous le toit, des flèches pointent vers le haut et le gaz tend à s’accumuler en haut. Des points restent présents partout : une tendance, pas des couches étanches.Toucher l'image pour l'agrandir

Selon sa densité de vapeur par rapport à l’air, un gaz tend à s’accumuler plutôt au fond d’un espace clos s’il est plus lourd que l’air, plutôt en haut s’il est plus léger. C’est une tendance, pas des couches étanches.

D’après la capture de cours « Air / Toluène » qu’il remplace et la densité de vapeur décrite dans Gaz et vapeurs (> 1 : descend ; < 1 : monte). Schéma conceptuel, pas un plan de mesure.

Autres dangers

Articles RSST clés

Art. Disposition
296.1 Champ d'application
297 Définitions (personne qualifiée, travail à chaud)
297.1 Aménagement d'un nouvel espace clos
298 Travailleurs habilités
299 Interdiction d'entrer
300 Cueillette de renseignements et moyens de prévention
301 Information des travailleurs
302 Ventilation, O2 entre 20,5-23 %, gaz inflammable ≤ 5 % LIE, annexe I respectée
303 Poussières combustibles
304 Travail à chaud (ventilation, relevé continu gaz inflammables)
306 Méthode et fréquence des relevés
307 Registre des relevés
308 Surveillant à l'extérieur, près de l'entrée ; communication bidirectionnelle ; peut ordonner l'évacuation
308.1 Situation imprévue, ordonner l'évacuation
309 Plan de sauvetage (équipements, formation, exercices)
310 Accès sans obstruction
311 Matières solides à écoulement libre
312 Matières liquides

CSTC : section 3.21, articles 3.21.1 à 3.21.6 (chantiers).

Mesures de contrôle

Hiérarchie

  1. Éliminer l'espace clos quand possible (téléopération, modification de procédé).
  2. Ventilation
    • Naturelle (effet de cheminée, vent).
    • Générale mécanique (dilution).
    • Aspiration locale (bras de captation).
    • NIOSH recommande > 20 changements d'air/h.
  3. Purge : vider l'atmosphère, remplacer par air sain. APSAM suggère 7,5 CA/H.

Situation type à éviter lors d'une purge mal séquencée.

Coupe d’un réservoir horizontal : l’air frais entre par une ouverture à l’extrémité gauche et ressort aussitôt par une ouverture voisine, sur le dessus : il fait un court-circuit. Le reste du réservoir, surtout l’extrémité opposée où se tient un travailleur, est une zone mal renouvelée. Situation à éviter.Toucher l'image pour l'agrandir

Situation à éviter lors d’une purge : l’entrée et la sortie d’air sont voisines, l’air frais ressort aussitôt (court-circuit) et le reste du réservoir, surtout l’extrémité opposée, est mal renouvelé.

Redessiné d’après le croquis de cours qu’il remplace (source d’origine à retrouver). Il montre seulement la situation à éviter, pas une disposition recommandée ni un taux de renouvellement.

  1. Moyens administratifs : permis, procédures, formation, communication.
  2. EPI : adapté aux contaminants présents.

Choix du ventilateur

Trois types principaux : axial, centrifuge, antidéflagrant.

Illustration — Espaces closToucher l'image pour l'agrandir Illustration — Espaces closToucher l'image pour l'agrandir Illustration — Espaces closToucher l'image pour l'agrandir

Critères : type de ventilation, capacité, longueur des conduits, protection antidéflagrante, type de travaux, provenance de l'air.

Programme d'intervention en 8 étapes

  1. Désigner et former une personne responsable qualifiée.
  2. Identifier les espaces clos et les risques (fiches d'évaluation).
Illustration — Espaces closToucher l'image pour l'agrandir
  1. Élaborer une procédure de travail écrite (détection, ventilation, cadenassage, permis).
  2. Sélectionner et préparer les instruments (étalonnage, bump test, alarmes).
  3. Acquérir le matériel : équipements de sécurité, EPI, sauvetage, communication.
  4. Établir un plan de sauvetage (art. 309) avec équipe, harnais, exercices.
  5. Former et informer toutes les personnes concernées.
  6. Assurer suivi et mise à jour.

Permis d'entrée et surveillance

Permis d'entrée

  • Émis par une personne qualifiée.
  • Affiché près de l'entrée durant les travaux.
  • Valide pour un quart ; nouveau permis si la nature des travaux change.
  • Évaluation atmosphérique préalable : O2 (20,5-23 %), gaz combustibles (≤ 5 % LIE), autres agresseurs (CO, NO2, H2S, solvants).
  • Évaluation en continu durant les travaux.

Le travail à chaud exige un permis spécifique additionnel.

Illustration — Espaces closToucher l'image pour l'agrandir

Surveillant (obligatoire)

  • Personne désignée par l'employeur, qui a les habiletés et les connaissances nécessaires, positionnée à l'extérieur et à proximité de l'entrée (art. 308).
  • Demeure en contact avec le travailleur par un moyen de communication bidirectionnel.
  • Peut ordonner l'évacuation ; doit interdire l'entrée ou ordonner l'évacuation si un risque imprévu est identifié (art. 308.1).
  • Déclenche les procédures de sauvetage si nécessaire.
  • Ne peut entrer pour secourir (risque de devenir une victime) : le sauvetage relève des personnes formées et affectées par le plan de sauvetage (art. 309 ; CNESST — Espaces clos).
Coupe d’une cuve avec un trou d’homme au toit. Un travailleur est à l’intérieur. Le surveillant se tient dehors, près de l’ouverture, et une double flèche le relie au travailleur : « communication dans les deux sens ». Deux étiquettes partent du surveillant : « peut ordonner l’évacuation » et « déclenche le plan de sauvetage ». Un collègue penché vers l’ouverture est barré d’une croix rouge : « ne pas entrer pour secourir ».Toucher l'image pour l'agrandir

Le surveillant reste à l’extérieur, près de l’entrée, et garde le contact avec le travailleur. S’il faut secourir quelqu’un, on déclenche le plan de sauvetage sans entrer à son tour : le sauvetage revient aux personnes formées et affectées par ce plan (art. 309).

Texte officiel : RSST, art. 308, 308.1 et 309 ; CNESST — Espaces clos (adresse vérifiée le 6 septembre 2026). Positions et rôles, pas une procédure de sauvetage.

Application terrain

Espaces clos typiques en mine

Espace clos Risques dominants
Silos à minerai (concentrateur) Ensevelissement, poussière, atmosphère
Réservoirs de procédé (lixiviation, flottation) Atmosphère toxique, T°, résidus chimiques
Conduits de ventilation principale Atmosphère, hauteur, chute
Décanteurs et bassins Bioaérosols, H2S, noyade
Chantiers borgnes en attente de ventilation auxiliaire CO, NO2, O2
Cuves de procédé sous vide ou pression Atmosphère, dépressurisation
Puits abandonnés ou désaffectés Tous risques cumulés

Particularité minière : un chantier souterrain en cul-de-sac avec ventilation auxiliaire défaillante peut, fonctionnellement, devenir un espace clos sans en avoir l'apparence. La procédure de travail doit prévoir ce basculement.

Vue en plan du même chantier en cul-de-sac, branché sur une galerie ventilée, dessiné deux fois. En haut, ventilation auxiliaire en marche : un ventilateur prend l’air de la galerie et le pousse dans un conduit jusqu’au front de taille, puis l’air revient vers la galerie. En bas, ventilation auxiliaire arrêtée ou défaillante : le ventilateur est barré, l’air passe toujours dans la galerie mais plus rien ne le pousse jusqu’au front de taille. Le chantier est teinté de rouge, surtout au fond : l’air y stagne, le CO et le NO₂ peuvent s’y accumuler et l’O₂ peut y manquer.Toucher l'image pour l'agrandir

Quand la ventilation auxiliaire est arrêtée ou défaillante, plus rien ne pousse l’air de la galerie jusqu’au front de taille : au fond du cul-de-sac, l’air stagne. Le chantier peut alors se comporter comme un espace clos sans en avoir l’apparence.

D’après la « Particularité minière » de cette page et son tableau des espaces clos typiques (chantiers borgnes : CO, NO₂, O₂). Comparaison fonctionnelle, pas une qualification au sens de l’art. 1 du RSST ; aucune concentration, aucun débit.

Ressources

Document Type Source
art-296.1-RSST : champ d'application, espace clos à 312 Règlement LégisQuébec
Guides espaces clos (fiches 17, 18, 32) Guides APSAM
Espaces clos Information de prévention CNESST
Espaces clos — Programme Fiche CCHST
Espaces clos — Introduction Fiche CCHST
Permis d'entrée modèle Gabarit À développer en interne
Plan de sauvetage modèle Gabarit À développer en interne

Articles wiki connexes

Révision déclarée dans la note : 2026-05-22 · Relecture éditoriale : non attestée · Vérification des sources : non attestée · Site généré le 2026-09-13 · 🕸️ Voir cette page dans le graphe