Appréciation du risque, méthodes

L'appréciation du risque suit la démarche ISO 12100 en trois temps : identifier les phénomènes dangereux, estimer le risque (gravité, exposition, probabilité, évitement), puis évaluer si ce risque est tolérable. La méthode est itérative et s'appuie sur des outils variés (IRSST/CNESST, IEC 31010, ALARP). En mine, elle structure le traitement des risques machines, des chutes de roches et des espaces confinés.

Cadre normatif et terminologie

Référence : ISO 12100:2010 (type A), ISO Guide 73, IEC/ISO 31010.

Terme Définition
Analyse du risque Identification + estimation (ISO 12100, 3.15)
Appréciation du risque Identification + analyse + évaluation (ISO Guide 73)
Estimation du risque Gradation du risque selon des facteurs
Évaluation du risque Comparer le risque estimé aux critères pour juger tolérable / intolérable
Traitement du risque Modifier (réduire) un risque

L'analyse est descriptive, l'appréciation est plus large, l'évaluation est décisionnelle. Voir Gestion des risques en entreprise pour le traitement.

La culture de sécurité conditionne la qualité de l'appréciation : sans dialogue ouvert sur les risques perçus, l'exercice reste théorique.

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Démarche ISO 12100

Méthode itérative en quatre étapes

  1. Déterminer les limites de la machine ou du système (espace, temps, usage prévu, mauvais usage raisonnablement prévisible).
  2. Identifier les phénomènes dangereux.
  3. Estimer le risque (par scénario).
  4. Évaluer le risque : tolérable ?
  5. Si non : appliquer la hiérarchie de réduction puis recommencer.
Logigramme de la démarche ISO 12100 : déterminer les limites, identifier les phénomènes dangereux, estimer le risque, évaluer s’il est tolérable ; sinon, appliquer la hiérarchie de réduction puis recommencer.Toucher l'image pour l'agrandir

La démarche ISO 12100 est itérative : déterminer les limites, identifier les phénomènes dangereux, estimer le risque par scénario, puis évaluer s’il est tolérable ; sinon, appliquer la hiérarchie de réduction et recommencer.

D’après la section « Démarche ISO 12100 » de cette page. Hiérarchie de réduction : Hiérarchie des moyens de prévention. Schéma de principe.

Cadres complémentaires : ILO (documentation), ISO 45001 (SMS), CSA Z1000. Au Québec, encadré par LSST art. 49, 51, 59 (voir LSST partie 1 et LSST partie 2).

Chaîne accidentelle

Chaîne accidentelle : phénomène dangereux, situation dangereuse, événement dangereux, dommage, avec la possibilité d’évitement entre l’événement et le dommage.Toucher l'image pour l'agrandir

Les quatre maillons de la chaîne accidentelle, pour chaque scénario, du phénomène dangereux au dommage ; la possibilité d’évitement est celle d’éviter le dommage. Certains phénomènes ne laissent aucune chance (électricité, explosion).

D’après la section « Chaîne accidentelle » de cette page (définitions et possibilité d’évitement). Schéma de principe.

Le tableau classique à utiliser pour chaque scénario

Phénomène dangereux Situation dangereuse Événement dangereux Dommage possible
Outils du mélangeur en rotation Mains dans la zone alors que le mélangeur tourne Le travailleur introduit ses mains Membres brisés
Outils du mélangeur à l'arrêt Mains dans la zone, mélangeur arrêté Démarrage intempestif (défaillance commande) Membres brisés
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Phénomène dangereux (ISO 12100) : source potentielle de dommage. Huit catégories

  • Mécanique (écrasement, cisaillement, happement, entraînement, perforation, projection, choc)
  • Électrique (contact direct, arc, foudre, électrostatique)
  • Thermique (vapeur, flammes, chaud/froid)
  • Physique (bruit, vibrations, rayonnements UV/X/RF, lumière)
  • Chimique (contaminants, silice, amiante, inflammables)
  • Biologique (virus, bactéries, animaux, insectes)
  • Ergonomique (postures, cadence, manutention (source non publiée), fatigue visuelle)
  • Psychosocial (stress, harcèlement, violence, organisation), voir Dimensions psychosociales du travail
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Situation dangereuse : personne exposée à au moins un phénomène. Demander « pour quelle raison le travailleur se trouve-t-il là ? ».

Événement dangereux : événement susceptible de causer un dommage (défaillance, erreur humaine, défaut organisationnel).

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Dommage : blessure physique ou atteinte à la santé, plus ou moins grave, réversible, visible.

Possibilité d'évitement : qui est exposé (formation), temps de réaction humain vs temps d'action du phénomène, conscience du risque. Certains phénomènes ne laissent aucune chance (électricité, explosion, scie 3800 tr/min).

Estimation du risque (outil IRSST/CNESST)

Quatre facteurs combinés en indice

  • G - Gravité du dommage
    • G1 : lésion légère réversible (premiers soins)
    • G2 : lésion grave irréversible (membre brisé, décès)
  • F - Fréquence/durée d'exposition
    • F1 : rare ou courte (< 1 fois/quart)
    • F2 : fréquente à continue (plusieurs fois/jour)
  • O - Probabilité d'occurrence de l'événement (pas du dommage)
    • O1 : très faible (technologie éprouvée)
    • O2 : faible (défaillance ≥ 10⁻⁵ /h ou personne qualifiée)
    • O3 : élevée (défaillance ≥ 10⁻³ /h ou personne non formée)
  • P - Possibilité d'éviter le dommage
    • P1 : possible dans certaines conditions
    • P2 : impossible ou rarement possible
Les quatre facteurs de l’outil IRSST/CNESST, combinés en indice : gravité (G1, G2), fréquence d’exposition (F1, F2), probabilité d’occurrence (O1 à O3), possibilité d’éviter (P1, P2) ; exemple : G2 + F2 + O2 + P2 = indice 5.Toucher l'image pour l'agrandir

Les quatre facteurs de l’outil IRSST/CNESST et leurs niveaux, tels que la page les donne ; combinés, ils forment un indice de risque, dont la page donne un exemple. O porte sur l’occurrence de l’événement, pas du dommage.

D’après la section « Estimation du risque (outil IRSST/CNESST) » de cette page. Schéma de principe : la table qui combine les facteurs en indice n’est pas reproduite.

Exemple : G2 + F2 + O2 + P2 = indice de risque 5.

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Autres approches : par calcul (Kinney-Wiruth : R = G × E × P), par matrice (probabilité × gravité), par graphe de risque (CEI 61508, MIL-STD 882-E).

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Six outils ont été testés par l'IRSST (R-459 et R-697) : certains sont neutres, d'autres sous- ou surévaluent. Choisir un outil adapté, sans trou ni recouvrement dans les échelles.

Catalogue d'outils IEC 31010

La norme IEC/ISO 31010 détaille plus de 40 techniques d'appréciation. Vue d'ensemble

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Trois grandes catégories selon l'étape ciblée.

L’appréciation du risque (identification, analyse, évaluation) précède le traitement du risque, qui le modifie ou le réduit.Toucher l'image pour l'agrandir

Dans la terminologie de la page, l’appréciation du risque, plus large, regroupe identification, analyse (descriptive) et évaluation (décisionnelle) ; le traitement du risque le modifie (le réduit). Les techniques de l’IEC/ISO 31010 se rangent selon l’étape ciblée.

D’après le tableau de la section « Cadre normatif et terminologie » et la section « Catalogue d’outils IEC 31010 » de cette page. Pour le traitement : Gestion des risques en entreprise. Schéma de principe.

Identification.

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Analyse.

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Évaluation.

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Principales techniques pour la machine

Technique Usage Phase
Analyse préliminaire du danger (APD) Conception, rapide, non exhaustive Identification
AMDEC Modes de défaillance et criticité Analyse
HAZOP (1965, ICI) Mots-guides (no, more, less, reverse, other than...) Procédés
Analyse prédictive des erreurs humaines Tâches, conséquences Humain
Arbre de défaillance / arbre des causes Logique a priori / a posteriori Voir Accidents et incidents, théorie causale
Ishikawa Causes/effet 5M Voir Accidents et incidents, théorie causale
O&SA (Operating and Support Analysis) Opération et maintenance Exploitation

Choisir une technique demande une équipe pluridisciplinaire, formation à la méthode, consignation écrite et souvent un ingénieur pour la phase de réduction.

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Évaluation du risque, ALARP et SFAIRP

Évaluer = porter un jugement : le risque est-il tolérable ?

ALARP (As Low As Reasonably Practicable) : trois zones.

  • Intolérable : à corriger sauf circonstances exceptionnelles.
  • Zone ALARP : réduire si raisonnablement possible.
  • Largement acceptable : pas d'action requise.
Les trois zones ALARP : intolérable (à corriger sauf circonstances exceptionnelles), zone ALARP (réduire si raisonnablement possible), largement acceptable (pas d’action requise).Toucher l'image pour l'agrandir

Les trois zones ALARP et l’action que la page associe à chacune ; évaluer, c’est juger si le risque est tolérable. Les couleurs distinguent les zones ; la largeur des bandes est de principe.

D’après la section « Évaluation du risque, ALARP et SFAIRP » de cette page. Schéma de principe : aucun seuil entre les zones.

SFAIRP (So Far As Is Reasonably Practicable) : critère britannique, ne référence pas un niveau de risque mais juge si des moyens de maîtrise supplémentaires sont possibles et réalisables.

Diagramme de Pareto : 80/20, prioriser les 20 % de causes qui produisent 80 % des dommages graves.

Analyse coût/bénéfice : utile pour comparer les options, mais mal adaptée à l'incertitude.

Au Québec, les critères s'appuient sur les normes, lois (RSST), tolérances zéro CNESST, valeurs morales et culture SST.

Les 9 tolérances zéro de la CNESST

Situations où la CNESST n'accepte aucun travailleur exposé

  1. Chutes de hauteur de plus de 3 m
  2. Chutes de hauteur à partir d'une échelle
  3. Contact avec une pièce en mouvement d'une machine
  4. Électrisation avec une ligne aérienne sous tension
  5. Effondrement d'un échafaudage
  6. Effondrement des parois d'un creusement non étançonné
  7. Exposition aux poussières d'amiante
  8. Exposition aux poussières de silice
  9. Roches instables (mines)

Pour chaque tolérance, des moyens hiérarchisés sont prescrits (voir Hiérarchie des moyens de prévention).

Application terrain

Configurations minières exigeantes pour l'appréciation

Configuration Spécificité d'appréciation
Chantier souterrain (foraison, sautage, écaillage) Géométrie changeante, atmosphère, vibrations sismiques, exposition courte mais répétée
Concentrateur (broyage, flottation, lixiviation) Procédés combinés, chimie, Espaces clos, automatisation partielle
Aire à ciel ouvert Visibilité, météo, équipements lourds, terrain mouvant
Maintenance lourde Phase d'usage non « nominal », plusieurs corps de métier, fenêtres temporelles serrées
Cage et chevalement Énergie potentielle massive, défaillance rare mais catastrophique

Leviers spécifiques au secteur minier

  • Coupler l'appréciation avec le plan d'écaillage et les bulletins géotechniques quotidiens.
  • Intégrer la rotation FIFO et la fatigue cumulée comme facteur de probabilité (voir Quarts longs et fatigue en souterrain).
  • Prévoir une appréciation dédiée aux modes spéciaux (apprentissage, maintenance, nettoyage), souvent oubliés.
  • Documenter le mauvais usage raisonnablement prévisible (raccourci pour gagner du temps en fin de quart).

Souterrain vs surface : en souterrain, la « limite spatiale » bouge à chaque tir. Une appréciation figée perd vite sa pertinence. Prévoir une révision déclenchée par les jalons miniers (nouveau niveau, nouvel équipement, modification de plan de minage).

Ressources

Document Type Source
ISO 12100:2010 Norme ISO
IEC/ISO 31010 Norme IEC/ISO
Rapport IRSST R-459 (outils d'estimation) Étude IRSST
Rapport IRSST R-697 (comparaison d'outils) Étude IRSST
Grille d'estimation IRSST/CNESST, rôles et pouvoirs (G, F, O, P) Gabarit IRSST
Tolérances zéro CNESST Document de référence CNESST

Articles wiki connexes

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