Asphyxiants simples et chimiques

Un asphyxiant simple déplace l'oxygène de l'air sans autre effet propre ; un asphyxiant chimique (biochimique) empêche le transport ou l'utilisation de l'O2 même à concentration d'O2 normale. En mine, c'est une des familles les plus létales : CO post-tir, H2S dans les sulfures, CH4 (grisou) et N2 d'inertage figurent parmi les causes d'accidents graves en souterrain.

Définitions et classification SIMDUT

  • Hypoxie : diminution de la quantité d'oxygène disponible.
  • Anoxie : absence d'oxygène.
  • Asphyxiant simple : gaz qui ne provoque pas d'autre effet sur l'organisme que la privation d'O2 par dilution.
  • Asphyxiant chimique (biochimique) : empêche le transport et/ou l'utilisation cellulaire de l'O2.
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SIMDUT 2015 : classe « Asphyxiants simples » catégorie 1. Aucun pictogramme attribué (pas dans le SGH original, mais maintenu au Canada). Mention typique : « Peut déplacer l'oxygène et causer rapidement la suffocation ». Voir SIMDUT et classes de danger.

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Asphyxiants simples

L'air contient normalement 20,9 % d'O2, 78,1 % N2, ~1 % Ar et autres.

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Un asphyxiant simple déplace tous les constituants de l'air proportionnellement.

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Gaz Source typique Particularité
Azote (N2) Inertage, gaz comprimés, mines Le plus courant en industrie ; inodore
Méthane (CH4) Mines (grisou), digestion biologique, gaz naturel Aussi inflammable (LIE 5 %)
Dioxyde de carbone (CO2)* Fermentation, neige carbonique, incendie À forte conc. devient aussi asphyxiant chimique (acidose)
Argon, hélium, néon Soudage, ballons Inodores
Propane, butane Combustibles Aussi inflammables
Hydrogène Industrie chimique, batteries Aussi inflammable
Acétylène Soudage, découpe Aussi inflammable

*Le CO2 est considéré asphyxiant simple à faibles concentrations puis chimique à très forte conc.

Danger spécifique

  • Inodores pour la plupart : perte de conscience sans signe avant-coureur.
  • Dangers majeurs en espaces clos. Voir Programme espaces clos en mine.
  • Sentinelle : si un travailleur s'effondre, ne pas entrer sans Protection respiratoire (APR) et plan de sauvetage. Nombreux décès de sauveteurs improvisés.

Calcul du déplacement et plage d'explosibilité

Si 5 % de méthane est présent : l'O2 passe de 20,9 % à 20,9 % × 0,95 = 19,8 % (réduction de 1,05 %). Donc une chute d'O2 à 18 % indique ~14 % CH4 (140 000 ppm), donc bien au-delà de la LIE (5 %). Conclusion : danger d'explosion prioritaire avant l'asphyxie.

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Effets selon le pourcentage d'O2

% O2 Effets
20,9 % Normal
19,5 % Seuil min. acceptable au travail (RSST, espace clos)
16-12 % ↑ fréquence respiratoire et cardiaque, euphorie, céphalée, incoordination légère, hypocapnie
14-10 % Altération du jugement, cyanose, incoordination modérée
10-6 % Léthargie, incoordination sévère, sensation de manque d'air
< 6 % Mort, coma, convulsions, respiration agonisante

Symptômes accélérés avec l'effort.

Asphyxiants chimiques

Causent une hypoxie tissulaire même avec O2 normal dans l'air en perturbant le transport ou l'utilisation cellulaire. Voir Neurotoxicité, hématotoxicité et toxicité endocrinienne pour le détail des mécanismes systémiques.

Monoxyde de carbone (CO)

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Caractéristique Détail
Source Combustion incomplète (moteurs, chauffage, soudage, sautage minier)
Mécanisme Affinité Hb 250x > O2 → carboxyhémoglobine (HbCO) ; bloque cytochrome oxydase ; déplace la courbe de dissociation de Hb
Détection Inodore, incolore, insipide. Détecteur électrochimique obligatoire
Symptômes (selon HbCO %) < 10 % asymptomatique ; 10-20 % céphalée, fatigue ; 20-40 % nausées, vertiges ; 40-60 % confusion, coma ; > 60 % mort
Traitement Retirer de la zone, O2 100 %, oxygénothérapie hyperbare si grave
VEMP Qc 35 ppm (25 ppm ACGIH 2022) ; VECD 200 ppm (voir VEA et normes RSST)

INSPQ : plusieurs décès par an au Québec (laveuses à pression à essence en garage, chauffage d'appoint propane). Cas typique minier : post-sautage avec ventilation insuffisante.

Sulfure d'hydrogène (H2S)

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Caractéristique Détail
Source Pourriture matière organique, mines, pétrole/gaz, fosses à lisier, eaux usées
Mécanisme Inhibe cytochrome c oxydase (blocage respiration cellulaire) ; aussi irritant respiratoire (voir Toxicité du système respiratoire)
Odeur Œufs pourris à basse conc. ; paralysie olfactive > 100 ppm (perception disparaît au moment du danger)
Symptômes < 10 ppm irritation ; 100-200 ppm paralysie olfactive ; 500 ppm œdème pulm., perte conscience ; > 1000 ppm mort « foudroyante » (knock-down)
VEMP Qc 10 ppm ; VECD 15 ppm

Cyanures (HCN, NaCN, KCN)

  • Source : galvanoplastie, extraction de l'or (cyanuration), combustion de polyuréthane.
  • Mécanisme : inhibe cytochrome c oxydase comme H2S.
  • Antidote : nitrites + thiosulfate ; hydroxocobalamine.

Arsine (AsH3)

Autres

  • Acide cyanhydrique (HCN gazeux) : combustion de PU/laine ; très toxique aigu.
  • Phosgène (COCl2) : guerre chimique, sous-produit thermique de solvants chlorés. Œdème pulmonaire retardé.
  • Méthémoglobinisants : nitrites, nitrates, aniline, nitrobenzène (Fe2+ → Fe3+).

Application terrain

Le souterrain concentre les risques d'asphyxie

Gaz Source minière Mesure clé
CO Sautage récent, engins diesel, moteurs à essence (laveuses à pression) Délai de réentrée, ventilation principale, détecteur CO portatif
NO2 Sautage (mélange ANFO) Délai de réentrée, dilution par ventilation primaire
H2S Sulfures (pyrite, pyrrhotite) frappés au forage ou au sautage Détecteur H2S portatif, alerte rapide d'évacuation
CH4 Charbon, certains gisements (grisou) Détection LIE en continu, ventilation, interdiction d'étincelle
N2 Inertage de réservoirs, certains essais Permis d'entrée, ventilation forcée, attestation O2 ≥ 19,5 %
Cyanures (HCN) Usine d'or à cyanuration, fuite procédé Détection, douches d'urgence, antidote sur site
Arsine (AsH3) Acide attaquant minerai arsénifère (incident) Procédure, EPI, plan d'urgence

Le détecteur multigaz (O2, CO, H2S, LEL) est obligatoire pour entrer en espace clos ou en zone à risque. Voir Programme espaces clos en mine pour le permis d'entrée et la fonction sentinelle.

Rappel critique : H2S au-dessus de 100 ppm anesthésie l'olfaction. Le travailleur ne sent plus rien au moment où le danger devient mortel. C'est pour ça que la détection électronique en continu est non négociable.

Ressources

Document Type Source
art-296.1-RSST : champ d'application, espace clos-312 (espaces clos) Règlement LégisQuébec
RSSM (mines, qualité de l'air souterrain) Règlement LégisQuébec
Procédure de réentrée post-tir Procédure interne À maintenir
Calibration détecteurs multigaz Procédure Manuel fabricant

Articles wiki connexes

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