Modèle de Sélye, syndrome général d'adaptation

Un article du wiki 🧠 SST psychosociale

L'essentiel : Hans Selye a montré en 1936 que face à un stress qui dure, le corps passe par trois phases : alarme (le corps se mobilise), résistance (il s'adapte et tient le coup), épuisement (il craque). C'est le modèle qui explique pourquoi un travailleur « tient » longtemps avant de tomber : il était en phase de résistance. Quand on voit les premiers signes de fatigue chronique ou de maladies physiques, le travailleur est déjà rendu loin dans la trajectoire.

Définition

Syndrome général d'adaptation (SGA) : modèle physiologique du stress proposé par Hans Selye en 1936 et popularisé dans son livre The Stress of Life (1956). Décrit la réponse non spécifique du corps à toute demande qui lui est faite.

Le mot « non spécifique » est important : peu importe la nature du stresseur (chaleur, froid, surcharge, conflit), la réponse physiologique de fond est la même. C'est le modèle fondateur sur lequel se sont construits tous les modèles modernes de stress professionnel (Karasek, Siegrist).

Pour un superviseur en mine : Selye explique pourquoi un travailleur peut « tenir le coup » pendant des mois sans se plaindre, puis s'effondrer subitement. Il était en phase de résistance, qui est une phase active mais coûteuse.

Les trois phases

Phase Ce qui se passe dans le corps Ce qu'on observe chez le travailleur
Alarme Libération d'adrénaline et de cortisol. Activation immédiate. Vigilance accrue, performance ponctuellement améliorée, réactivité élevée. Court terme.
Résistance Le corps maintient un niveau élevé de cortisol pour s'adapter. Coûteux énergétiquement. Performance maintenue mais signes de tension : fatigue récurrente, irritabilité, troubles du sommeil légers, maux de tête, baisse de libido.
Épuisement Les ressources d'adaptation sont dépassées. Effondrement physiologique. Maladies (cardiovasculaires, infectieuses, dépression), épuisement professionnel (mesuré par le MBI : voir MBI, épuisement professionnel), absentéisme, accidents, invalidité.

Point clé : la phase de résistance peut durer des mois ou des années. Le travailleur paraît fonctionnel. C'est trompeur : il accumule une dette physiologique qui se paie plus tard.

Courbe de la réponse du corps quand le stress dure : elle monte vite en pointe (alarme), redescend un peu puis reste haute pendant la longue phase de résistance, où une dette physiologique s’accumule, puis s’effondre (épuisement). Sous chaque phase, un mineur : aux aguets, puis pouce levé, disant « Ça va, je gère » (il « tient le coup »), puis assis, la tête dans les mains (il craque).Toucher l'image pour l'agrandir

Selon ce modèle, quand le stress dure, le corps passe par trois phases : il se mobilise (alarme), s’adapte et tient le coup (résistance), puis craque (épuisement). La résistance peut durer des mois ou des années : le travailleur paraît fonctionnel, mais il accumule une dette physiologique qui se paie plus tard.

D’après cette page (L’essentiel, Définition, Les trois phases, Application en mines) et la note d’analyse Selye (1956) (trois phases ; retour partiel à l’équilibre pendant la résistance ; épuisement si le stresseur persiste). Dessin original et conceptuel : ni la courbe ni la largeur des colonnes ne sont des mesures.

Application en mines

Pourquoi le modèle est utile en milieu minier

Les contextes miniers (FIFO, souterrain, quarts longs) génèrent souvent un stress chronique plutôt qu'aigu. Selye explique pourquoi un travailleur peut paraître normal pendant deux ans, puis présenter coup sur coup : insomnie, hypertension, dépression, demande d'invalidité.

Signaux de transition entre phases

Transition Signaux observables
Alarme → Résistance Le travailleur s'adapte, semble « performant ». Risque de minimiser le contexte (« ça va, je gère »).
Résistance prolongée Fatigue qui ne disparaît plus avec le congé. Irritabilité. Baisse subtile de la communication. Maladies plus fréquentes (rhumes, infections).
Résistance → Épuisement Erreurs en hausse. Absentéisme cumulatif. Démotivation marquée. Plaintes physiques nouvelles (dos, tension, sommeil). Crise possible.

Limite à comprendre : les travailleurs qui « tiennent toujours le coup » ne sont pas plus forts. Souvent, ils sont plus profondément engagés dans la phase de résistance, donc plus à risque d'effondrement brutal.

Limites du modèle

⚠️Ce que Sélye n'explique pas

Le SGA décrit la réponse physiologique, pas les causes organisationnelles. Pour comprendre pourquoi un travailleur est exposé au stress, il faut les modèles modernes (Karasek, Siegrist). Selye seul ne dit pas quoi changer.

Autres limites

Le modèle de Selye n'est pas mentionné directement dans la LMRSST, mais il sous-tend la logique de prévention : agir avant l'épuisement, pas après. Les obligations d'identification et d'analyse des risques, dont les RPS (LMRSST, art. 144, qui modifie l'art. 59 de la LSST), reposent implicitement sur cette logique.

Documents et outils

Document Type Source
Selye, The Stress of Life (1956), réédition disponible Livre de référence historique Bibliothèques universitaires
Notes de cours SST1010, modules 3 et 4 Synthèse pédagogique UQAM
Schéma du syndrome général d'adaptation Image PDF À créer ou récupérer dans manuels SST
Fiche INRS sur le stress au travail PDF gratuit inrs.fr

Voir le centre de ressources : 📁 Documents et outils.

Pour aller plus loin

Références

  • Selye, H. (1936). A syndrome produced by diverse nocuous agents. Nature, 138, 32.
  • Selye, H. (1956). The stress of life. McGraw-Hill.
  • McEwen, B. S. (1998). Stress, adaptation, and disease, allostasis and allostatic load. Annals of the New York Academy of Sciences, 840, 33-44. (Critique et raffinement moderne)

Articles wiki connexes

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