Types de personnalité et lieu de contrôle

Un article du wiki 🧠 SST psychosociale

L'essentiel : Les caractéristiques individuelles modulent la réponse au stress, sans la causer. Deux concepts utiles : les types de personnalité (A, B, C, D, hardiness) et le lieu de contrôle (interne ou externe). Comprendre ces variables aide à individualiser le soutien, mais ne déresponsabilise jamais l'employeur des conditions de travail.

Pourquoi en parler

Les facteurs individuels expliquent une partie de la variabilité des réponses au stress. Ils sont des modulateurs, pas des causes. Connaître ces concepts permet

  • D'individualiser le soutien (formation, coaching, retour au travail)
  • D'éviter de présumer qu'un travailleur résilient n'est pas à risque
  • De recadrer la conversation : c'est le contexte qui produit le risque, l'individu qui le filtre

Erreur à éviter : utiliser ces concepts pour justifier l'absence d'action sur les conditions de travail. Aucun trait de personnalité ne protège indéfiniment contre un environnement dégradé.

Types de personnalité

Typologie de Friedman et Rosenman (1959), enrichie par d'autres auteurs, synthétisée dans Dolan & Arsenault 2009, p. 138-140

Type Caractéristiques Lien avec stress et santé
Type A Compétitif, pressé, impatient, hostile Risque accru de maladies cardiovasculaires (controversé selon études récentes)
Type B Détendu, patient, peu compétitif Moins de risques cardiovasculaires
Type C Coopératif, soumis, refoule les émotions Lien étudié avec certains cancers (controversé)
Type D (Denollet) Affectivité négative + inhibition sociale Associé à un moins bon pronostic chez les patients cardiaques (rapport de cotes 2,28), mais l'effet diminue avec l'année de publication des études (de 5,02 à 1,54) (Grande et al., 2012)
Hardiness (Kobasa) Engagement, contrôle, défi Facteur de protection contre les conséquences du stress

Note : la typologie A/B est controversée dans la recherche moderne. Les concepts de type D et de hardiness sont mieux étayés.

Lieu de contrôle

Concept de Rotter (1966) : tendance à attribuer ce qui nous arrive à des causes internes (« je contrôle ce qui m'arrive ») ou externes (« ce qui m'arrive dépend du hasard ou des autres »).

Lieu de contrôle Tendance Lien avec stress
Interne « Je peux agir sur ma situation » Meilleure capacité de coping actif
Externe « Ce qui m'arrive dépend des autres ou du hasard » Sentiment d'impuissance, coping passif

Nuance importante : un lieu de contrôle externe n'est pas un défaut. Quand l'environnement de travail offre objectivement peu de contrôle (ce qui est fréquent dans certains postes miniers), une attribution externe est réaliste et adaptative.

Illustration « Lieu de contrôle : interne ou externe ». Interne, « Je peux agir sur ma situation » : un travailleur casqué pousse un levier, « J’agis ». Externe, « Ce qui m’arrive dépend des autres ou du hasard » : un dé et une autre personne envoient chacun une flèche vers le travailleur. En bas : « Réaliste quand le poste offre peu de contrôle ».Toucher l'image pour l'agrandir

Le lieu de contrôle est une tendance à attribuer ce qui nous arrive à des causes internes ou externes. Une attribution externe n’est pas un défaut ; elle est réaliste quand l’environnement de travail offre objectivement peu de contrôle.

Illustration pédagogique créée avec l’aide de l’IA, d’après le tableau « Lieu de contrôle » de cette page (concept de Rotter, 1966) ; elle remplace le schéma précédent.

Grille de quatre cases dans un cadre « Conditions de travail » : en colonnes, le type A (pressé, impatient, marqué d’un grand chronomètre) et le type B (détendu, patient) ; en lignes, le lieu de contrôle interne (le travailleur agit sur un levier) ou externe (un dé et une autre personne agissent sur lui). Les quatre cases sont de la même couleur.Toucher l'image pour l'agrandir

Le schéma croise les deux dimensions décrites plus haut, comme la typologie de Dolan et Arsenault, sans attribuer de risque à une case : ces traits modulent la réponse au stress sans la causer, c’est le contexte qui produit le risque.

D’après cette page : tableaux « Types de personnalité » et « Lieu de contrôle » (concept de Rotter, 1966), « Pourquoi en parler » et « Limites à respecter ». Le croisement des deux dimensions en quatre cases est la typologie de Dolan et Arsenault (1980), reprise dans leur ouvrage de 2009 (p. 142-143, figure 4.3) ; voir Dolan et Arsenault (2009). Schéma de principe redessiné, sans les étiquettes ni les dessins du livre, et sans niveau de risque par case.

Application en mines

Comment utiliser ces concepts en milieu minier

Situation Action recommandée
Travailleur qui « tient toujours le coup » Ne pas présumer qu'il est protégé. Surveiller les signaux d'épuisement à long terme.
Travailleur démotivé attribuant tout au système Vérifier si l'attribution est réaliste avant de chercher à la modifier. Souvent l'environnement le justifie.
Plan de retour au travail Adapter au profil individuel (rythme, soutien, autonomie progressive)
Formation des superviseurs Inclure une compréhension de la variabilité individuelle

Risque à éviter en mine : la culture du « tough guy » valorise les traits de personnalité « résistants » au point de stigmatiser ceux qui montrent des signaux de stress. Cela retarde la détection et l'intervention.

Limites à respecter

⚠️Trois pièges à éviter
  1. Sélection à l'embauche basée sur la personnalité : juridiquement suspecte au regard du droit à l'égalité, du droit à l'intégrité et du droit au respect de la vie privée (CDPDJ, 1998) et inefficace pour la santé psychologique.
  2. Justifier l'inaction organisationnelle par le profil individuel (« il est juste pas fait pour ce poste »).
  3. Étiqueter les travailleurs par leur type de personnalité dans les dossiers ou conversations.

Les caractéristiques individuelles s'inscrivent dans une interaction avec l'environnement. Aucun travailleur n'est à risque ou protégé en soi.

Documents et outils

Document Type Source
Notes de cours SST1010, modules 3 et 4 Synthèse UQAM
Dolan 2009 Stress, estime de soi, santé et travail.pdf Livre PUQ
Échelle de hardiness (PVS-III) Instrument académique Bartone
Échelle de lieu de contrôle (Rotter) Instrument Bibliographies psychométrie

Voir le centre de ressources : 📁 Documents et outils.

Pour aller plus loin

Références

  • Friedman, M. & Rosenman, R. H. (1959). Association of specific overt behavior pattern with blood and cardiovascular findings. JAMA, 169(12), 1286-1296.
  • Kobasa, S. C. (1979). Stressful life events, personality, and health: An inquiry into hardiness. Journal of Personality and Social Psychology, 37(1), 1-11.
  • Rotter, J. B. (1966). Generalized expectancies for internal versus external control of reinforcement. Psychological Monographs: General and Applied, 80(1), 1-28.
  • Denollet, J. (2005). DS14: Standard assessment of negative affectivity, social inhibition, and Type D personality. Psychosomatic Medicine, 67(1), 89-97. (doi.org/10.1097/01.psy.0000149256.81953.49)
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