Tâches prescrites

Un article du wiki 🧠 SST psychosociale

Les tâches prescrites sont celles que l'organisation a écrites : description de poste, procédures, objectifs assignés. Ce que le travailleur fait vraiment ne s'y superpose jamais parfaitement, et c'est cet écart qui intéresse la prévention. Selon le sens de l'écart, il produit soit une charge invisible non reconnue, soit une sous-utilisation des compétences : dans les deux cas un stresseur.

Définition

La tâche est l'objectif assigné, défini par l'organisation, et le travail prescrit rassemble ce que l'organisation définit : procédures, fiches de poste, objectifs Analyse de l'activité de travail. En face, le travail réel est ce que fait effectivement le travailleur pour atteindre ces objectifs malgré la variabilité de la situation Analyse de l'activité de travail.

L'écart entre les deux est systématique et non accidentel : il sépare ce qui est demandé, à travers les procédures, l'organigramme et les fiches de poste, de ce qui est effectivement fait Analyse Daniellou (dir., 1996) - L'ergonomie en quête de ses principes. Dolan et Arsenault en donnent une définition centrée sur le vécu du travailleur : la différence entre ce qu'il est censé faire, selon la description officielle, et ce qu'il fait réellement Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. Cet écart se décline en quatre dimensions : tâches additionnelles non formalisées, sous-utilisation des compétences, responsabilités implicites et charge informelle Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail.

Pourquoi l'écart devient un stresseur

L'écart constitue une source de stress extrinsèque, particulièrement dans trois configurations Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail :

  • les tâches réelles dépassent les tâches prescrites ;
  • aucune reconnaissance formelle n'accompagne les tâches additionnelles ;
  • le travailleur mobilise des compétences que la prescription n'avait pas prévues.

Le résultat est de la frustration et un sentiment de déqualification Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. Dans le modèle stress-estime-santé, cet écart n'agit pas directement sur la santé : il passe par l'estime de soi, qui joue le rôle de filtre. Un même stresseur produit donc davantage de détresse chez un travailleur dont l'estime est basse Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. La chaîne va du stresseur (tâches prescrites qui utilisent mal les compétences, reconnaissance absente) à la réponse psychologique (baisse d'estime, frustration, sentiment de déqualification), puis à la détresse psychologique et au désengagement Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. La reconnaissance, définie comme des confirmations explicites et régulières que le travail est bon et que la contribution est valorisée, agit à l'inverse comme facteur protecteur Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail.

Quand tout est prescrit, la latitude disparaît

Le second effet de la prescription totale touche la latitude décisionnelle. Chez Karasek, celle-ci se compose de l'autorité décisionnelle, soit le droit de décider comment et quand effectuer ses tâches, et de l'utilisation ou du développement des compétences Karasek (1979) - Modèle Demandes-Contrôle (DC). Le diagnostic posé sur le profil de l'aide-foreur en mine souterraine décrit exactement l'inverse : aucune discrétion intellectuelle, des tâches prescrites entièrement, une variation minimale, aucune occasion d'innover ou d'améliorer, et une absence de rétroaction qualitative qui rend impossible tout auto-ajustement Karasek (1979) - Modèle Demandes-Contrôle (DC). Combinée à des demandes élevées, cette configuration place le poste dans le quadrant de la tension au travail, celui du risque maximal du modèle demandes-contrôle Karasek (1979) - Modèle Demandes-Contrôle (DC).

Application terrain

Pour un aide-foreur ayant quitté un parcours universitaire pour le secteur minier, les compétences supérieures restent disponibles mais les tâches prescrites n'en demandent qu'une fraction. Il en résulte un écart important entre les aspirations et la réalité quotidienne, dans un contexte où la reconnaissance est probablement insuffisante parce que l'industrie est nouvelle et le rôle junior Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. Les pistes d'intervention proposées sont les suivantes Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail :

  • clarifier les tâches réelles par rapport aux tâches prescrites et les aligner ;
  • augmenter la reconnaissance formelle des compétences ;
  • créer des occasions explicites d'utiliser les compétences supérieures, avec de la rétroaction régulière et une perspective de carrière claire.

En souterrain, la même distinction sert de cadre méthodologique pour comprendre l'écart entre les procédures de sécurité écrites et les pratiques effectives. Elle justifie d'analyser l'activité réelle des dyades comme aide-foreur et foreur, plutôt que de s'en tenir à la lecture des fiches de poste Analyse Daniellou (dir., 1996) - L'ergonomie en quête de ses principes. L'écart n'est pas à supprimer mais à documenter : il révèle les contraintes, les régulations et les compétences réellement mobilisées Analyse de l'activité de travail.

Ressources

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Révision déclarée dans la note : 2026-09-03 · Relecture éditoriale : non attestée · Vérification des sources : non attestée · Site généré le 2026-09-13 · 🕸️ Voir cette page dans le graphe