Écart entre aspirations et réalité
Un travailleur arrive dans un poste avec des attentes : utiliser ce qu'il sait faire, être reconnu, progresser. Quand la réalité quotidienne du poste ne rencontre pas ces attentes, l'écart devient lui-même un facteur de risque psychosocial. C'est le mécanisme que le modèle stress-estime-santé de Dolan et Arsenault place au coeur de la trajectoire d'un travailleur en changement de carrière vers un poste d'exécution en mine.
Définition
Dans le modèle stress-estime-santé de Dolan et Arsenault, la concordance entre les aspirations professionnelles et la réalité est l'une des quatre dimensions de l'estime de soi au travail Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. Les trois autres dimensions sont la perception de sa compétence technique, le sentiment de légitimité de son rôle et la reconnaissance de sa contribution par l'organisation Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. L'écart correspond donc à la rupture de cette concordance : ce que le travailleur espérait faire et devenir ne correspond pas à ce que le poste lui demande réellement Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail.
Le modèle traite séparément un second stresseur, l'écart entre les tâches prescrites et les tâches réellement effectuées, défini comme la différence entre ce que le travailleur est censé faire selon la description officielle et ce qu'il fait réellement Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. Chez un aide-foreur en transition, les deux se superposent : les tâches prescrites n'utilisent qu'une fraction des compétences disponibles, ce qui produit précisément l'écart entre les aspirations et la réalité quotidienne Tâches prescrites.
Comment l'écart se forme
Un changement de carrière significatif, par exemple du milieu universitaire vers le domaine minier, influence les attentes du travailleur en matière de reconnaissance et d'utilisation de ses compétences Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. Le point critique est que les compétences supérieures restent disponibles, mais que la prescription n'en demande qu'une fraction. Il en résulte un écart important entre les aspirations et la réalité quotidienne. Cet écart se creuse dans un contexte où la reconnaissance est probablement insuffisante, puisque l'industrie est nouvelle et le rôle junior Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail.
Le modèle du déséquilibre efforts-récompenses décrit la même situation sous l'angle de la réciprocité : l'attente est la reconnaissance de l'expertise et une progression de statut, la réalité est un statut subordonné, une rémunération modérée et une reconnaissance faible Siegrist (1996) - Modèle Effort-Récompense (ERI) : déséquilibre et effets adverses sur la santé. Siegrist range d'ailleurs les transitions de carrière, définies comme un changement d'emploi sans reconnaissance initiale, parmi les populations les plus vulnérables au déséquilibre Siegrist (1996) - Modèle Effort-Récompense (ERI) : déséquilibre et effets adverses sur la santé.
Conséquences
L'écart constitue une source de stress extrinsèque et produit de la frustration ainsi qu'un sentiment de déqualification Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. Il n'agit pas directement sur la santé : il passe par l'estime de soi, qui joue le rôle de filtre, si bien qu'à exposition égale une estime basse amplifie l'impact alors qu'une estime élevée protège Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. La chaîne se termine par de la détresse psychologique, du désengagement et une santé mentale altérée Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. Le sentiment d'injustice qui accompagne l'écart, du type « j'ai changé de vie pour ça », amplifie la démoralisation Siegrist (1996) - Modèle Effort-Récompense (ERI) : déséquilibre et effets adverses sur la santé.
Un changement de carrière important constitue de ce fait une fenêtre de sensibilité accrue, où le soutien organisationnel des premiers mois est critique Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail.
Application terrain
Les leviers proposés relèvent surtout de la modification de l'environnement de travail : augmenter la reconnaissance formelle des compétences, clarifier et aligner les tâches réelles et prescrites, et créer des occasions explicites d'utiliser les compétences supérieures Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. En soutien, du coaching ou du mentorat aident à restaurer la confiance pendant la transition Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail.
Plusieurs facteurs creusent l'écart Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail :
- un superviseur qui ignore ou sous-évalue les compétences du travailleur ;
- l'impossibilité d'exercer ses compétences, même pour des problèmes complexes ;
- l'absence de rétroaction positive explicite ;
- un contrat court ou une perspective de carrière floue ;
- l'isolement FIFO, qui réduit le soutien social disponible pour restaurer l'estime.
À l'inverse, une perspective de carrière claire, une rétroaction régulière et un sens de contribution au projet global, plutôt qu'un rôle réduit à l'exécution, atténuent la chaîne Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. La faisabilité de ces mesures en contexte FIFO est jugée modérée Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail.