Estime de soi au travail
L'estime de soi agit comme un filtre : devant un même niveau de stress, un travailleur dont l'estime est basse développera plus de détresse qu'un travailleur dont l'estime est solide Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. C'est ce qui explique en partie pourquoi deux personnes exposées aux mêmes conditions de travail ne réagissent pas de la même façon Modèle cognitif et conditionnel de Dolan et Arsenault.
Définition
Dans le modèle stress-estime-santé des chercheurs québécois Shimon Dolan et André Arsenault Modèle cognitif et conditionnel de Dolan et Arsenault, l'estime de soi est l'évaluation personnelle de sa compétence professionnelle combinée au sentiment de sa valeur au travail Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. Elle se décompose en quatre éléments : la perception de sa compétence technique, le sentiment de légitimité de son rôle, la reconnaissance de sa contribution par l'organisation, et la concordance entre les aspirations professionnelles et la réalité Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. Leur ouvrage Stress, estime de soi, santé et travail (Presses de l'Université du Québec, 2009) constitue la référence francophone sur ce mécanisme Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail.
Un médiateur entre l'exposition et la santé
L'estime de soi n'est pas un risque psychosocial de plus : elle est la variable intermédiaire par laquelle les risques structurels (reconnaissance insuffisante, écart entre les tâches) produisent leurs effets sur la santé Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. Plus l'estime est basse, plus les atteintes à la santé sont sévères ; à exposition égale, les travailleurs dont l'estime est élevée sont mieux protégés Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. Un manque d'estime de soi produit lui-même un surcroît de stress, parce que l'insécurité qui l'accompagne draine inutilement l'énergie du travailleur Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. Lorsque l'environnement de l'entreprise s'attaque à l'estime de soi des travailleurs, ceux qui en ont une saine s'en tirent nettement mieux Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail.
Ce qui abîme l'estime de soi au travail
- L'écart entre les tâches prescrites et les tâches réellement effectuées : il devient une source de stress extrinsèque quand les tâches réelles dépassent les tâches prévues, qu'aucune reconnaissance formelle n'accompagne les tâches additionnelles, ou que le travailleur mobilise des compétences non prévues Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail.
- L'absence de reconnaissance : la reconnaissance explicite de la compétence par le superviseur réduit l'impact du stress et la rétroaction positive restaure l'estime ; son absence amplifie le stress indépendamment du stress objectif Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail.
- Une rétroaction uniquement négative est pire que pas de rétroaction du tout Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail.
- Le déséquilibre effort-récompense : dans le modèle de Siegrist, l'estime au sens du respect reçu est l'une des trois composantes de la récompense, avec la rémunération et le statut de carrière Siegrist (1996) - Modèle Effort-Récompense (ERI) : déséquilibre et effets adverses sur la santé DOI.
- La progression vers l'épuisement professionnel : la dévaluation de l'estime de soi professionnelle (« je suis médiocre », « je suis un imposteur ») fait partie des manifestations de la réduction de l'accomplissement personnel INRS (2024) - Épuisement professionnel : modèle Maslach et progression RPS vers le burnout clinique source.
Application terrain
La chaîne causale décrite pour un aide-foreur en transition d'un parcours universitaire vers le secteur minier illustre le mécanisme : les tâches prescrites n'utilisent qu'une fraction des compétences disponibles et la reconnaissance est faible, ce qui produit une baisse de l'estime de soi, de la frustration et un sentiment de déqualification, puis de la détresse psychologique et du désengagement Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. Un changement de carrière important constitue une fenêtre de sensibilité accrue, où le soutien organisationnel des premiers mois est critique Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. Les pistes d'intervention proposées sont d'augmenter la reconnaissance formelle des compétences, de clarifier et d'aligner tâches réelles et tâches prescrites, de créer des occasions d'utiliser les compétences supérieures, et d'offrir du mentorat pour restaurer la confiance en période de transition ; la faisabilité en contexte FIFO est jugée modérée Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail.
Ressources
- Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail
- Modèle cognitif et conditionnel de Dolan et Arsenault
- Siegrist (1996) - Modèle Effort-Récompense (ERI) : déséquilibre et effets adverses sur la santé DOI
- INRS (2024) - Épuisement professionnel : modèle Maslach et progression RPS vers le burnout clinique source
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- Écart entre aspirations et réalité SST psychosociale