Transition de carrière
Changer de métier ou de secteur n'est pas un événement neutre pour la santé psychologique. Le travailleur arrive avec des attentes formées ailleurs, et si le nouveau poste ne les rencontre pas, l'écart devient lui-même un facteur de risque. C'est le cas de figure du travailleur venu d'un parcours universitaire vers un poste d'exécution en mine.
Définition
Un changement de carrière significatif, par exemple du milieu universitaire vers le domaine minier, influence les attentes du travailleur en matière de reconnaissance et d'utilisation de ses compétences Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail.
Les deux grands modèles des risques psychosociaux traitent la transition de carrière comme une situation de vulnérabilité. Siegrist range explicitement les transitions de carrière, définies comme un changement d'emploi sans reconnaissance initiale, parmi les populations les plus vulnérables au déséquilibre entre efforts et récompenses. Il y range aussi les secteurs à bas statut et les travailleurs de 35 à 55 ans, chez qui la carrière bloquée devient saillante Siegrist (1996) - Modèle Effort-Récompense (ERI) : déséquilibre et effets adverses sur la santé. Dolan et Arsenault en font un cas d'application privilégié de leur modèle stress-estime-santé et parlent d'une fenêtre de sensibilité accrue Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail.
Le mécanisme par l'estime de soi
Le modèle stress-estime-santé décrit une chaîne en quatre temps pour un travailleur passé d'un parcours universitaire à un poste d'exécution en mine Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail :
- la condition est l'écart de compétences ;
- le stresseur est constitué de tâches prescrites qui n'utilisent qu'une fraction des compétences disponibles, sans reconnaissance ;
- la réponse psychologique est une baisse de l'estime de soi, de la frustration et un sentiment de déqualification ;
- l'issue est la détresse psychologique, le désengagement et une santé mentale altérée.
L'estime de soi n'est pas ici un trait de personnalité anecdotique mais un filtre : à exposition égale, une estime basse amplifie l'impact des risques psychosociaux, alors qu'une estime élevée protège Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail.
Le point critique est que les compétences supérieures sont disponibles, mais que la prescription n'en demande qu'une fraction. Il en résulte un écart important entre les aspirations et la réalité quotidienne. Cet écart se creuse dans un contexte où la reconnaissance est probablement insuffisante, puisque l'industrie est nouvelle et le rôle junior Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail.
Le mécanisme par la réciprocité
Le modèle du déséquilibre efforts-récompenses éclaire le même phénomène sous l'angle du contrat psychologique. La récompense y comporte trois composantes : monétaire, d'estime (respect des pairs et du supérieur) et de statut de carrière (promotion, sécurité, stabilité) Siegrist (1996) - Modèle Effort-Récompense (ERI) : déséquilibre et effets adverses sur la santé. Une transition de carrière vers un poste de statut inférieur installe précisément ce déséquilibre : l'attente est la reconnaissance de l'expertise et une progression de statut, la réalité est un statut subordonné, une rémunération modérée et une reconnaissance faible Siegrist (1996) - Modèle Effort-Récompense (ERI) : déséquilibre et effets adverses sur la santé. Le sentiment d'injustice qui en découle, du type « j'ai changé de vie pour ça », amplifie la démoralisation Siegrist (1996) - Modèle Effort-Récompense (ERI) : déséquilibre et effets adverses sur la santé.
S'y ajoute la sur-implication, cette tendance à s'investir excessivement en quête de reconnaissance : le travailleur très engagé ne réduit pas son effort face au déséquilibre, ce qui multiplie le risque au lieu de l'additionner Siegrist (1996) - Modèle Effort-Récompense (ERI) : déséquilibre et effets adverses sur la santé. Un aide-foreur junior qui se surpasse pour impressionner le foreur et accepte des quarts de 12 heures sans pause s'expose à un épuisement accéléré, en 2 à 3 ans, si la reconnaissance n'arrive pas Siegrist (1996) - Modèle Effort-Récompense (ERI) : déséquilibre et effets adverses sur la santé.
Application terrain
Les leviers proposés relèvent d'abord d'une modification de l'environnement de travail : augmenter la reconnaissance formelle des compétences, clarifier et aligner les tâches réelles et prescrites, créer des occasions explicites d'utiliser les compétences supérieures Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. En soutien, du coaching ou du mentorat peuvent restaurer la confiance pendant la transition, et il faut valoriser les contributions les moins évidentes Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. Les conditions à réunir sont une rétroaction régulière et positive, une perspective de carrière claire avec progression possible, un soutien social de l'équipe ou d'un mentor, et un sens de contribution au projet global plutôt qu'un rôle réduit à l'exécution Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail. La faisabilité en contexte FIFO est jugée modérée et suppose un superviseur formé à la reconnaissance Dolan et Arsenault (2009) - Stress, estime de soi, reconnaissance et santé au travail.
Ressources
Pages qui pointent ici (1)
- Écart entre aspirations et réalité SST psychosociale