Santé mentale en milieu minier

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Le travail minier est décrit comme l'un des environnements de travail les plus dangereux au monde, et pas seulement pour les risques physiques. La charge élevée, les longues distances entre le domicile et le site, les horaires en rotation et le job strain lié aux objectifs de production pèsent aussi sur la santé psychologique Matamala Pizarro et Aguayo Fuenzalida (2021). Le paradoxe, c'est que ce volet reste bien moins étudié que les risques physiques du même secteur.

Définition

L'environnement minier est dangereux pour la santé du travailleur et peut affecter la santé mentale en déclenchant des symptômes et des maladies : anxiété, stress professionnel, dépression, troubles du sommeil et fatigue mentale Matamala Pizarro et Aguayo Fuenzalida (2021). Les risques psychosociaux du secteur minier ne sont pas d'une nature différente de ceux des autres milieux : ce sont les mêmes facteurs de type demandes-contrôle-soutien. Les prévalences y sont toutefois potentiellement plus élevées et les interactions propres au secteur, notamment l'amplification non linéaire produite par la combinaison du FIFO et de l'isolement Matamala Pizarro et Aguayo Fuenzalida (2021).

Ce que la littérature internationale documente

Une revue de la littérature couvrant trente ans de recherche, de 1990 à 2021, sur des mines d'Australie, d'Amérique latine, d'Afrique du Sud et du Canada, dégage des patrons concordants malgré l'hétérogénéité des contextes Matamala Pizarro et Aguayo Fuenzalida (2021). Les patrons les plus concordants d'un contexte à l'autre sont les suivants :

  • l'isolement géographique (12 études et plus) ;
  • la fatigue accumulée (11 études) ;
  • les demandes de travail élevées (10 études) ;
  • la faible autonomie (9 études) ;
  • les troubles du sommeil (9 études).

Les prévalences de troubles rapportées varient en revanche énormément d'une étude à l'autre Matamala Pizarro et Aguayo Fuenzalida (2021) :

  • de 15 à 35 % pour la dépression ;
  • de 10 à 25 % pour l'anxiété ;
  • de 5 à 15 % pour le trouble de stress post-traumatique ;
  • de 20 à 50 % pour les troubles du sommeil.

Un champ de recherche encore jeune

C'est la principale mise en garde de cette revue. Les écarts de prévalence sont si larges qu'on ne peut pas conclure avec certitude que les mineurs se distinguent de la population générale. Il est difficile de dire si l'on observe une crise de santé mentale ou une crise de méthodologie Matamala Pizarro et Aguayo Fuenzalida (2021). Quatre autres lacunes sont identifiées Matamala Pizarro et Aguayo Fuenzalida (2021) :

  • le lien causal entre FIFO et santé mentale est peu étudié en contexte minier ;
  • les conflits familiaux ne sont rapportés que de façon qualitative ;
  • le cumul simultané de trois ou quatre risques psychosociaux est pratiquement inexploré ;
  • les interventions organisationnelles en santé mentale minière sont quasi absentes de la littérature, sans aucun essai contrôlé randomisé recensé.

Les auteurs concluent qu'il faut approfondir l'élaboration de politiques internationales et mener davantage de recherche sur le sujet Matamala Pizarro et Aguayo Fuenzalida (2021). Autre nuance importante : les mines australiennes, chiliennes, canadiennes et sud-africaines diffèrent trop pour qu'une intervention conçue ailleurs soit importée telle quelle au Québec Matamala Pizarro et Aguayo Fuenzalida (2021).

Application terrain

Au Québec, le rapport sectoriel de l'INSPQ documente un double isolement en régime FIFO INSPQ (2018) - RPS en milieu minier québécois et impacts du régime FIFO :

  • géographique : des sites souvent à plus de 500 kilomètres des centres majeurs et accessibles par vol seulement ;
  • occupationnel : la faible diversité des pairs sur les petits sites limite les relations alternatives en cas de conflit avec la relation de travail principale.

Une manifestation documentée est le recours à l'alcool et aux drogues comme stratégie d'adaptation, certains travailleurs FIFO les utilisant pour dormir et résister au stress, avec une consommation quotidienne et hebdomadaire rapportée plus élevée que dans d'autres corps d'emploi INSPQ (2018) - RPS en milieu minier québécois et impacts du régime FIFO. Le rapport identifie aussi un facteur de protection propre au secteur. Du fait du mode de vie de proximité sur de longues périodes, il est fréquent que les collègues veillent les uns sur les autres, se confient et viennent en aide à un collègue en difficulté INSPQ (2018) - RPS en milieu minier québécois et impacts du régime FIFO. Les lacunes de prévention recensées sont les suivantes INSPQ (2018) - RPS en milieu minier québécois et impacts du régime FIFO :

  • l'absence d'évaluation systématique des risques psychosociaux, alors que les protocoles de sécurité physique sont structurés ;
  • l'offre limitée de services de soutien ;
  • la formation insuffisante des gestionnaires ;
  • une culture sectorielle qui valorise la dureté et stigmatise la demande d'aide.

Enfin, l'enjeu est aussi administratif et financier. Les dossiers d'indemnisation acceptés par la CNESST pour des troubles psychologiques ont augmenté de 458 % entre 2012 et 2022, passant d'environ 2 000 à 2 500 réclamations à environ 9 000 à 11 000 CNESST (2023) - Statistiques et cadre légal de la santé mentale au travail au Québec.

Ressources

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