Sédentarité au travail
La sédentarité au travail, c'est le temps passé assis ou immobile pendant les heures de travail. Ce n'est pas la même chose que le manque d'exercice : on peut être très actif le soir et rester à risque parce qu'on passe ses journées assis. En mine, l'enjeu concerne surtout les salles de contrôle, la conduite prolongée d'engins et le personnel administratif de site.
Définition
La sédentarité est un comportement caractérisé par une dépense énergétique très basse, égale ou inférieure à 1,5 MET, en position assise ou allongée. Elle se distingue de l'inactivité physique, qui désigne une quantité insuffisante d'activité d'intensité modérée à vigoureuse par rapport aux recommandations Analyse Katzmarzyk et al. (2010) - Sitting time and mortality. Appliquée au travail, la sédentarité désigne le temps passé en position assise ou inactive durant les heures de travail, et c'est un comportement distinct de l'inactivité physique : on peut être actif après le travail et sédentaire au bureau Analyse Pronk et al. (2012) - Postes de travail assis-debout et indicateurs de santé.
Un facteur de risque à part entière
L'idée que la sédentarité professionnelle pèse sur la santé remonte à une étude fondatrice de 1953. Elle comparait, au sein du transport londonien, les conducteurs de bus à étage, assis 90 % de leur quart, et les contrôleurs, qui montent et descendent les escaliers. L'incidence et la mortalité par cardiopathie ischémique se sont révélées plus élevées chez les conducteurs sédentaires Analyse Morris et al. (1953) - Coronary heart disease and physical activity of work. Cette étude est considérée comme fondatrice de l'épidémiologie de l'activité physique et démontre la valeur de la comparaison entre deux postes d'un même secteur pour limiter les facteurs de confusion sociaux Analyse Morris et al. (1953) - Coronary heart disease and physical activity of work. Une cohorte prospective canadienne de grande taille a confirmé, avec un devis moderne, que le temps passé assis est associé de façon graduelle à la mortalité toutes causes et à la mortalité cardiovasculaire Analyse Katzmarzyk et al. (2010) - Sitting time and mortality. Point central : l'association persiste chez les personnes physiquement actives durant leurs loisirs, ce qui suggère un effet propre de la sédentarité et signifie que l'activité de loisir ne compense pas tout Analyse Katzmarzyk et al. (2010) - Sitting time and mortality.
Ce qu'on sait des interventions
Un essai contrôlé pilote de sept semaines mené auprès d'employés de bureau a évalué l'introduction de postes de travail à hauteur réglable, permettant l'alternance entre position assise et debout sans changer de poste Analyse Pronk et al. (2012) - Postes de travail assis-debout et indicateurs de santé. Les résultats montrent une diminution mesurable du temps passé assis dans le groupe intervention, une amélioration relative des indicateurs subjectifs d'humeur et d'énergie, et une diminution rapportée de l'inconfort lombaire et cervical chez certains participants Analyse Pronk et al. (2012) - Postes de travail assis-debout et indicateurs de santé. Ces effets dépendent toutefois de l'usage effectif du dispositif, dont l'utilisation décroît avec le temps s'il n'est pas accompagné d'un appui comportemental Analyse Pronk et al. (2012) - Postes de travail assis-debout et indicateurs de santé.
Limites de la preuve
Les mesures de temps assis reposent souvent sur l'auto-déclaration, sujette au biais de rappel et de désirabilité. Des études postérieures ont nuancé l'effet indépendant : chez les personnes très actives, de 60 à 75 minutes par jour d'activité modérée à vigoureuse, l'effet de la sédentarité serait atténué Analyse Katzmarzyk et al. (2010) - Sitting time and mortality. Du côté des interventions, l'essai sur les postes assis-debout porte sur un échantillon modeste, une durée courte et une population homogène, sans mesure d'incidence de pathologies, ce qui en fait une piste prometteuse plutôt qu'une preuve définitive Analyse Pronk et al. (2012) - Postes de travail assis-debout et indicateurs de santé. L'étude fondatrice de 1953, elle, est un devis observationnel rétrospectif qui n'a pas contrôlé tous les facteurs de confusion comme le tabagisme ou l'alimentation Analyse Morris et al. (1953) - Coronary heart disease and physical activity of work.
Application terrain
L'application au travail souterrain proprement dit est limitée, puisque les postes y sont physiques et mobiles. En revanche, le sujet concerne directement le personnel administratif et de supervision des sites miniers, les bureaux de chantier, les salles de contrôle et le dispatching Analyse Pronk et al. (2012) - Postes de travail assis-debout et indicateurs de santé. Les postes de conduite prolongée d'équipements lourds sont visés eux aussi, l'alternance posturale y étant difficile mais cruciale Analyse Pronk et al. (2012) - Postes de travail assis-debout et indicateurs de santé. Trois pistes se dégagent Analyse Katzmarzyk et al. (2010) - Sitting time and mortality :
- une surveillance médicale renforcée pour les postes miniers très sédentaires ;
- des aménagements organisationnels qui interrompent les longues périodes assises, comme les rotations et les micro-pauses actives ;
- une communication interne expliquant que l'activité de loisir ne compense pas tout.
Enfin, la modernisation et l'automatisation des mines, qui font passer du travail physique au pilotage assis, ne sont pas neutres pour la santé cardiovasculaire des travailleurs Analyse Morris et al. (1953) - Coronary heart disease and physical activity of work.
Ressources
Pages qui pointent ici (4)
- Activité physique et santé cardiovasculaire SST psychosociale
- Analyse Katzmarzyk et al. (2010) - Sitting time and mortality DOI SST psychosociale
- Analyse Morris et al. (1953) - Coronary heart disease and physical activity of work DOI SST psychosociale
- Analyse Pronk et al. (2012) - Postes de travail assis-debout et indicateurs de santé DOI SST psychosociale