EQSP (Enquête québécoise sur la santé de la population)
L'EQSP est la grande enquête de santé publique qui donne au Québec ses chiffres officiels sur les risques psychosociaux du travail et la détresse psychologique. C'est elle qui fournit les points de repère auxquels un conseiller SST peut comparer le portrait de son propre milieu. Si 28 % des travailleurs québécois vivent une détresse élevée, un secteur qui dépasse largement ce taux a un problème organisationnel, pas seulement des cas individuels.
Définition
L'EQSP est une enquête populationnelle québécoise dont l'édition 2014-2015 sert de base aux fiches de l'Institut national de santé publique du Québec sur les risques psychosociaux du travail INSPQ (2021a) - Les 7 indicateurs officiels de risques psychosociaux au Québec. L'échantillon est représentatif de la population active québécoise et compte plus de 50 000 répondants, ce qui en fait une source de force de preuve très élevée pour le contexte québécois Tissot et al. (2022) - Risques psychosociaux et détresse psychologique au Québec. Les résultats des items et des indicateurs portant sur les risques psychosociaux du travail y sont présentés par catégories professionnelles et par secteurs d'emploi Tissot et al. (2022) - Risques psychosociaux et détresse psychologique au Québec.
Ce que l'EQSP mesure
La détresse psychologique y est mesurée par le Kessler 10, le questionnaire utilisé dans plusieurs grandes enquêtes de santé publique au Québec dont l'EQSP K10. Le seuil retenu est un score K10 égal ou supérieur à 25, qui correspond à une détresse élevée Tissot et al. (2022) - Risques psychosociaux et détresse psychologique au Québec. L'enquête mesure en parallèle des items de risques psychosociaux validés : demandes psychologiques, contrôle, soutien social, reconnaissance et justice organisationnelle Tissot et al. (2022) - Risques psychosociaux et détresse psychologique au Québec. Ces mesures sont adossées aux modèles théoriques établis : les données de l'EQSP 2014-2015 valident le modèle demande-contrôle-soutien au Québec, et les composantes de reconnaissance reprennent la logique du déséquilibre effort-récompense INSPQ (2021a) - Les 7 indicateurs officiels de risques psychosociaux au Québec.
Principaux résultats québécois
Sur la détresse psychologique, l'enquête établit que 28 % des travailleurs québécois présentent un niveau élevé de détresse, soit 32 % des femmes contre 24 % des hommes, et que 17 % des travailleurs vivent une détresse spécifiquement liée au travail Tissot et al. (2022) - Risques psychosociaux et détresse psychologique au Québec. Entre 2008 et 2014-2015, la proportion de femmes en détresse élevée a augmenté de façon significative, passant de 26 % à 29 %, alors qu'aucune variation significative n'a été observée chez les hommes Tissot et al. (2022) - Risques psychosociaux et détresse psychologique au Québec. Sur la reconnaissance, l'EQSP 2014-2015 montre qu'environ 21 % des travailleurs québécois sont exposés à une faible reconnaissance, soit 18,9 % des hommes et 23,1 % des femmes. Les écarts sont marqués selon les composantes : perspective de promotion (31 % des hommes, 39 % des femmes) et salaire (28 % des hommes, 38 % des femmes) INSPQ (2021a) - Les 7 indicateurs officiels de risques psychosociaux au Québec. L'enquête documente aussi un effet de dose : la prévalence de détresse élevée passe d'environ 10 % sans risque psychosocial majeur à 50-60 % à partir de trois risques cumulés Tissot et al. (2022) - Risques psychosociaux et détresse psychologique au Québec.
Portée et limites
L'EQSP est la seule source populationnelle québécoise quantifiant l'effet dose-réponse cumulée des risques psychosociaux, ce qui en fait la référence pour établir une ligne de base provinciale Tissot et al. (2022) - Risques psychosociaux et détresse psychologique au Québec. Elle permet aussi de comparer les résultats d'un questionnaire standardisé comme le JCQ de Karasek à des bases de données nationales Analyse Karasek et al. (1998) - The Job Content Questionnaire (JCQ). Ses limites tiennent à son devis transversal : les risques psychosociaux et la détresse étant mesurés au même moment, on ne peut pas démontrer que les premiers causent la seconde. De plus, les personnes en détresse extrême qui ont quitté leur emploi échappent à l'enquête, ce qui rend les estimations plutôt conservatrices Tissot et al. (2022) - Risques psychosociaux et détresse psychologique au Québec. Les risques psychosociaux y sont par ailleurs mesurés par des items simples plutôt que par des instruments psychométriques complets Tissot et al. (2022) - Risques psychosociaux et détresse psychologique au Québec.
Application terrain
Les données de l'EQSP servent de repère de comparaison pour un secteur donné. Les secteurs de la santé et de l'éducation affichent des taux de détresse supérieurs à la moyenne, et les travailleurs contractuels ou temporaires en rapportent davantage que les permanents Tissot et al. (2022) - Risques psychosociaux et détresse psychologique au Québec. Pour un profil minier de type FIFO qui cumule plusieurs risques psychosociaux, la ligne de base de 28 % permet d'estimer un risque de détresse nettement supérieur à celui de la population générale Tissot et al. (2022) - Risques psychosociaux et détresse psychologique au Québec. Le cadre des sept facteurs de l'INSPQ, appuyé sur ces données, structure ensuite le diagnostic organisationnel en milieu de travail INSPQ (2021a) - Les 7 indicateurs officiels de risques psychosociaux au Québec.