Tension mentale

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La tension mentale (mental strain, ou tension psychologique) est la réaction du travailleur à une situation stressante qui dure. C'est le résultat mesuré par le modèle de Karasek : ce n'est pas l'exposition au travail, c'est ce que cette exposition produit dans la personne.

Définition

La tension mentale n'est pas synonyme de stress, terme jugé trop vague : le stress désigne l'exposition (les demandes, la menace), alors que la tension (strain) désigne la réaction, c'est-à-dire les symptômes, l'épuisement et l'anxiété qui suivent une situation stressante prolongée Karasek (1979) - Modèle Demandes-Contrôle (DC). La tension correspond donc aux conséquences négatives pour l'individu Karasek (1979) - Modèle Demandes-Contrôle (DC).

Le modèle postule que la tension psychologique ne résulte pas d'un seul aspect de l'environnement de travail, mais des effets conjoints des demandes de la situation de travail et de la marge de décision dont dispose le travailleur pour y faire face Karasek (1979) - Modèle Demandes-Contrôle (DC).

Mécanisme : l'énergie qui ne se relâche pas

Les demandes élevées mobilisent une énergie psychologique. Lorsque la latitude décisionnelle est faible, cette énergie ne peut pas être canalisée en action productive : elle s'accumule sous forme de tension résiduelle chronique, comme une pression interne sans soupape de libération Karasek (1979) - Modèle Demandes-Contrôle (DC). Karasek écrit que si aucune action ne peut être entreprise, l'énergie non relâchée se manifeste intérieurement comme tension mentale Karasek (1979) - Modèle Demandes-Contrôle (DC).

C'est la combinaison de fortes demandes et d'une faible latitude, et non chacune des deux dimensions prise isolément, qui est associée à la tension mentale : cette interaction prédit mieux les résultats de santé que le modèle linéaire antérieur fondé sur les seules demandes Karasek (1979) - Modèle Demandes-Contrôle (DC).

Manifestations mesurées

Dans les données de Karasek (échantillons américain de 5 010 travailleurs et suédois de 612), les travailleurs en situation de job strain rapportent l'épuisement après le travail, la difficulté à se lever le matin, la dépression, la nervosité, l'anxiété et l'insomnie Karasek (1979) - Modèle Demandes-Contrôle (DC). Les écarts observés sont importants : épuisement mental 38 % contre 15 %, dépression 28 % contre 11 %, nervosité et anxiété 25 % contre 9 %, troubles du sommeil 22 % contre 10 %, consommation de tranquillisants 18 % contre 6 % Karasek (1979) - Modèle Demandes-Contrôle (DC). La tension ne se manifeste pas que subjectivement : les données suédoises montrent aussi une association avec la consommation de tranquillisants et de somnifères et avec les jours de congé de maladie Karasek (1979) - Modèle Demandes-Contrôle (DC).

Le rôle du soutien social

Le soutien social module fortement la sévérité de la tension. Le soutien du superviseur et des collègues agit comme facteur multiplicateur et non additif : protecteur en présence de job strain, aggravant en son absence Karasek et Theorell (1990) - Modèle DCS (Demandes-Contrôle-Soutien). Le job strain privé de ce tampon porte le nom d'iso-strain, une condition où la tension s'accumule sans relâchement et où les symptômes s'aggravent de façon non linéaire Karasek et Theorell (1990) - Modèle DCS (Demandes-Contrôle-Soutien). Les données suédoises montrent une hausse de 131 % de la fatigue mentale ajustée pour l'âge lorsque le soutien est élevé, contre 225 % lorsque le soutien est faible Karasek et Theorell (1990) - Modèle DCS (Demandes-Contrôle-Soutien).

Application terrain

Chez l'aide-foreur en contexte minier souterrain, la chaîne est documentée ainsi : demandes élevées (quarts de 12 h, environnement dangereux, ordres imprévisibles) provoquant une mobilisation énergétique, latitude très faible bloquant cette énergie, puis accumulation de tension résiduelle et symptômes mentaux Karasek (1979) - Modèle Demandes-Contrôle (DC). L'isolement en dyade et l'horaire FIFO amplifient l'accumulation : 20 jours continus sans relâche produisent une usure cumulative supérieure à celle d'un travail urbain traditionnel Karasek (1979) - Modèle Demandes-Contrôle (DC). Le confinement de la mine souterraine et l'impossibilité de s'éloigner du foreur configurent la situation extrême que Karasek et Theorell nomment isolated prisoner Karasek et Theorell (1990) - Modèle DCS (Demandes-Contrôle-Soutien).

Sur le plan de la prévention, une conséquence pratique du modèle est qu'il suffit de réduire les demandes OU d'augmenter la latitude : il n'est pas nécessaire de réduire les demandes de façon absolue Karasek (1979) - Modèle Demandes-Contrôle (DC).

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