Paradoxe du soutien social
Dans un milieu de travail ordinaire, le travailleur stressé se tourne vers un collègue et cela le soulage. En isolement prolongé, ce réflexe cesse de fonctionner, parce que le collègue vers qui l'on se tourne subit exactement les mêmes contraintes. Le paradoxe du soutien social nomme ce moment où le besoin d'aide est maximal précisément quand l'aide devient indisponible.
Définition
Le paradoxe du soutien social est le mécanisme par lequel l'isolement augmente le besoin de soutien émotionnel pendant que le confinement rend ce soutien indisponible, la personne censée le fournir étant elle-même sous stress. Le résultat est un isolement ressenti malgré la présence physique du collègue Palinkas et Suedfeld (2021). Il a été dégagé d'une synthèse de 50 ans de recherche (1970 à 2021) sur les environnements isolés, confinés et extrêmes, dits ICE. Ces milieux réunissent simultanément l'isolement physique, le confinement spatial sans échappatoire et des conditions extrêmes de danger et de ressources limitées Palinkas et Suedfeld (2021).
Le mécanisme
Trois effets se superposent Palinkas et Suedfeld (2021) :
- le besoin d'aide augmente fortement, l'isolement créant une recherche de réconfort ;
- les ressources de soutien sont gravement compromises, les collègues étant pris au piège des mêmes facteurs de stress ;
- la qualité de l'interaction de soutien encore obtenable est massivement tendue, celui qui soutient étant lui aussi débordé.
Le contraste avec un milieu ordinaire est net. Une personne stressée y trouve un collègue disponible, et cela la soulage. En environnement ICE, elle rencontre au contraire un collègue lui aussi stressé, obtient un soutien pauvre ou absent, et voit son isolement amplifié malgré la proximité Palinkas et Suedfeld (2021). L'enjeu est important puisque le soutien social est par ailleurs validé comme amortisseur de la tension au travail, et que ces environnements détruisent précisément cet amortisseur Palinkas et Suedfeld (2021).
Application terrain
En dyade minière isolée, le besoin de soutien est très élevé parce que le foreur est le seul contact humain. Mais le confinement fait de ce même foreur une personne également stressée par sa propre fatigue et son propre isolement. La qualité du soutien s'en trouve compromise et le paradoxe atteint sa configuration la pire Palinkas et Suedfeld (2021). Le foreur y est à la fois l'unique source de soutien et la source primaire de stress Palinkas et Suedfeld (2021). Le portrait demande-contrôle-soutien de l'aide-foreur va dans le même sens : superviseur distant, contact limité avec les autres équipes en raison des rotations disjointes, donc isolement quasi complet et soutien très faible Karasek et Theorell (1990) - Modèle DCS (Demandes-Contrôle-Soutien).
Deux pistes découlent directement du mécanisme Palinkas et Suedfeld (2021). La première est d'élargir la dyade ou de faire tourner les partenaires, puisqu'une dynamique à trois est moins volatile que la dyade. La seconde est de prévoir un contact de soutien proactif en mi-rotation, autour des jours 12 et 13, au moment où la phase de tension culmine.
Ressources
Pages qui pointent ici (1)
- Dynamique des petits groupes isolés SST psychosociale