Mobilier de bureau et santé
Le mobilier de bureau n'est pas un enjeu de confort : la chaise, la hauteur du plan de travail et la position de l'écran déterminent la posture tenue pendant huit à douze heures, et donc la charge sur le dos, le cou et les épaules. En mine, cela concerne les salles de contrôle, les bureaux de chantier et les cabines d'engins, où l'on cumule position assise prolongée et vibrations.
Définition
Le travail sédentaire prolongé est une contrainte à part entière. Il est associé à une augmentation de 50 % des lombalgies et de 75 % des cervicalgies et douleurs aux épaules. Il augmente aussi les risques cardiovasculaires, métaboliques et de mortalité toutes causes Travail sédentaire. En ergonomie, moins d'effort ne veut donc pas dire mieux : on y répond par l'alternance et par l'aménagement du poste Travail sédentaire. La sédentarité au travail se distingue de l'inactivité physique de loisir : on peut être actif après le travail et sédentaire au bureau Analyse Pronk et al. (2012) - Postes de travail assis-debout et indicateurs de santé.
Pourquoi la position assise abîme
Trois mécanismes se cumulent Travail sédentaire :
- Statisme. Les disques intervertébraux sont alimentés en eau, nutriments et oxygène par diffusion, favorisée par le mouvement et les variations de pression. Le statisme prolongé limite cette hydratation, particulièrement en L4 et L5, et favorise à long terme la dégénérescence discale.
- Travail musculaire statique. Le maintien de la posture exige une contraction continue. Même à 2 % de la force maximale, prolongée, elle réduit l'apport sanguin et produit fatigue, inconfort et points gâchettes.
- Perte de lordose lombaire. La position assise entraîne une rétroversion du bassin, donc une cyphose lombaire, une mauvaise distribution de la pression intervertébrale et une hausse des tensions ligamentaires et musculaires. S'asseoir droit sans support force une activité musculaire continue, d'où l'importance d'un appui lombaire d'environ 5 cm de profondeur placé au niveau de la crête iliaque.
Régler le mobilier
Les repères de réglage sont chiffrés Travail sédentaire :
- Chaise : assise réglable en hauteur et en profondeur, dossier avec appui lombaire réglable, appuis-bras rembourrés et réglables.
- Hauteur d'assise : pieds au sol, genoux à 90 degrés (90 à 110), cuisses parallèles au sol. Repère anthropométrique du creux poplité : 44 cm chez les hommes (39 à 49), 40 cm chez les femmes (35 à 45).
- Profondeur d'assise : au moins les trois quarts des cuisses supportés, en laissant environ deux doigts d'espace pour éviter la compression des creux poplités. Distance sacrum-creux poplité : 49 cm chez les hommes, 48 cm chez les femmes.
- Dossier : il doit supporter les scapulas, avec un angle de 95 à 110 degrés, ce qui réduit l'activité musculaire et la pression intervertébrale.
- Appuis-bras : avant-bras appuyés, coudes à 90 degrés, épaules relâchées, appuis placés près du corps pour limiter les déviations ulnaires du poignet.
- Hauteur du bureau : la surface se situe à la hauteur des coudes fléchis à 90 degrés, soit environ 68 cm pour les hommes et 63 cm pour les femmes.
- Écran, clavier et souris : écran face à l'utilisateur, bord supérieur à hauteur des yeux, à distance d'un bras, angle de vision inférieur à 30 degrés sous l'horizontale ; clavier centré, poignets neutres ; souris à la même hauteur que le clavier et le plus près possible.
Pour un poste debout, le plan de travail se situe à hauteur des coudes (environ 109 cm pour les hommes, 100 cm pour les femmes), l'écran à hauteur des yeux (163 cm et 151 cm). Le poste comprend également un repose-pieds et un revêtement de sol pas trop dur Travail sédentaire.
Alterner plutôt que choisir
Rester debout en statique n'est pas la solution : cette posture est associée au risque de lombalgie par les articulations facettaires, à la fatigue et aux douleurs musculaires, et elle nuit à la circulation Travail sédentaire. C'est l'alternance qui réduit la fatigue musculaire, les douleurs musculosquelettiques et les lombalgies. Les repères sont les suivants Travail sédentaire :
- un maximum de 30 minutes consécutives assis (problématique au-delà de 8 h par jour) ;
- un maximum de 30 minutes consécutives debout statique (maximum 4 h par jour) ;
- des pauses actives de 30 secondes à quelques minutes.
L'implantation de postes assis-debout a été mesurée dans un essai pilote de 7 semaines auprès d'employés de bureau. On y observe une réduction de 54 % des douleurs au dos et au cou et une réduction de 66 minutes de temps assis par jour Travail sédentaire, Analyse Pronk et al. (2012) - Postes de travail assis-debout et indicateurs de santé. Deux réserves accompagnent ce résultat : l'échantillon est modeste et la durée courte, donc les effets à long terme ne sont pas démontrés, et l'usage effectif du dispositif diminue avec le temps s'il n'est pas accompagné d'une sensibilisation Analyse Pronk et al. (2012) - Postes de travail assis-debout et indicateurs de santé.
Le mobilier comme source d'émissions
Le mobilier compte aussi parmi les origines des polluants de l'air intérieur, aux côtés de l'air extérieur et des activités des occupants, notamment par les composés organiques volatils des colles, peintures et panneaux Qualité de l'air intérieur. Les symptômes typiques d'une mauvaise qualité de l'air sont l'irritation des yeux, du nez et de la gorge, les maux de tête, la fatigue et les étourdissements. Un signal est caractéristique : ils apparaissent en milieu de journée et s'améliorent en fin de semaine Qualité de l'air intérieur. La mesure préventive de premier rang est la substitution par des matériaux à faibles émissions Qualité de l'air intérieur. La norme CSA Z412-17 fournit les lignes directrices ergonomiques applicables aux bureaux Qualité de l'air intérieur.
Application terrain
En mine, la sédentarité touche l'opérateur de salle de contrôle du concentrateur, l'opérateur de pelle-treuil souterraine, le conducteur de camion en surface ou sous terre, le personnel administratif et les ingénieurs de mine, ainsi que le préposé au pesage Travail sédentaire. Trois cofacteurs y aggravent l'exposition Travail sédentaire :
- les vibrations corps entier, qui combinent statisme et stress mécanique sur les disques ;
- la sortie de cabine après une période vibratoire, qui constitue une fenêtre de fragilité lombaire majeure ;
- les quarts de 12 h, qui allongent la durée cumulée.
Les leviers correspondants sont les suivants Travail sédentaire :
- des bureaux assis-debout dans les salles de contrôle ;
- des pauses actives obligatoires en milieu de quart pour les opérateurs assis ;
- des sièges à suspension calibrés au poids pour les engins ;
- une limitation des heures consécutives en cabine sans pause.
L'introduction de postes assis-debout doit viser en priorité le personnel administratif et de supervision des sites, les bureaux de chantier, les salles de contrôle et le dispatching, l'application au travail souterrain mobile étant limitée Analyse Pronk et al. (2012) - Postes de travail assis-debout et indicateurs de santé.